đŸ‘©â€đŸŽ“ CrĂ©ation et contenus gĂ©nĂ©rĂ©s par IA : le flou juridique autour du droit d’auteur

Mis à jour le :  

3/9/2026

Tu hĂ©sites entre utiliser un outil d'IA ou passer par un prestataire pour la crĂ©ation de ton site ou de ton logo ? Avant de trancher, il faut que je te parle d’un sujet qu'on aborde trop peu : la protection juridique des contenus gĂ©nĂ©rĂ©s par IA. 

Pour y voir plus clair, j'ai interrogĂ© Ronan Pons, docteur en droit spĂ©cialisĂ© dans l’IA. Sa thĂšse en droit de l'intelligence artificielle a Ă©tĂ© rĂ©compensĂ©e Ă  deux reprises Ă  l'international. Il forme aujourd'hui des professionnels et des autoritĂ©s de contrĂŽle sur le sujet de l’IA, et travaille depuis quatre ans en tant que responsable conformitĂ© des outils IA dans des projets europĂ©ens.

Portrait de Ronan Pons, docteur en droit spécialiste de l'IA
Ronan Pons, docteur en droit spécialisé dans l'IA

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Sauf mention contraire, toutes les citations sont extraites de mon échange avec Ronan Pons.

❗Avant de commencer, il faut souligner que rien n'est encore figĂ© par la rĂ©glementation (notamment sur la question de la cocrĂ©ation IA/humain). Ce sont des suppositions, des pistes trĂšs probables construites Ă  partir des textes existants et des premiĂšres dĂ©cisions de justice, mais le sujet Ă©volue vite.

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Les enjeux autour de l'utilisation de l’IA pour les entreprises, en bref

Avant de se concentrer sur la propriété intellectuelle, un rapide panorama des risques que l'IA fait peser sur une entreprise, quel que soit son secteur :

  • Discrimination : une IA qui prend des dĂ©cisions peut produire des rĂ©sultats discriminatoires, sans que ce soit intentionnel.
  • OpacitĂ© : il est difficile de comprendre le raisonnement d'un systĂšme d'IA. On perd le fonctionnement du processus, ce qui complique aussi l'apport de preuves en cas de litige.
  • Emploi : au-delĂ  des Ă©ventuelles suppressions de postes, l'usage de l'IA transforme les mĂ©tiers, le quotidien et peut gĂ©nĂ©rer perte de motivation ou burnout.
  • DonnĂ©es : potentielle fuite de donnĂ©es Ă  caractĂšre personnel ou confidentielles, notamment quand un salariĂ© utilise l'IA de sa propre initiative, sans cadre fixĂ© par l'entreprise.
  • PropriĂ©tĂ© intellectuelle : entraĂźnement des systĂšmes d’IA avec des Ɠuvres protĂ©gĂ©es, malgrĂ© l’opposition des artistes, et risques de produire des rĂ©sultats qui portent atteinte aux droits des artistes et donc qui exposent Ă  des poursuites judiciaires.
  • Environnement : une consommation de ressources qui est consĂ©quente Ă  l'Ă©chelle globale, au-delĂ  de l’entreprise en elle-mĂȘme.

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Le double risque de créer uniquement avec l'IA

Quels risques prennent une personne comme un(e) entrepreneur(e) ou une entreprise à créer son site ou son logo uniquement avec des outils IA?

C'est la question que j’ai posĂ©e Ă  Ronan Pons et sa rĂ©ponse est claire : utiliser uniquement des outils IA pour produire l'intĂ©gralitĂ© d'un site (textes, images, structure) ou d'un logo expose Ă  deux risques distincts.

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1. Aucune protection par le droit d'auteur

Un contenu gĂ©nĂ©rĂ© uniquement par une IA n'est protĂ©gĂ© par aucun droit d'auteur. La raison est simple : une des conditions de la protection est l'intervention humaine dans le processus crĂ©atif. C'est le mĂȘme principe qui empĂȘche, par exemple, qu'une Ɠuvre produite par un animal soit protĂ©gĂ©e.

ConcrĂštement, si tu es graphiste ou webdesigner et que tu livres un contenu 100 % IA Ă  un client, tu n’as aucun droit d’auteur Ă  lui cĂ©der, puisque tu n'en as toi-mĂȘme aucun sur l'Ɠuvre produite. 

“Cela ne veut pas dire que le client n'a aucun droit, contractuellement on peut avoir des choses mais l’entreprise n'a aucun droit d’auteur Ă  cĂ©der Ă  son client parce qu'elle-mĂȘme n'a pas de droit sur l'Ɠuvre qu'elle a produite ”. 

Dans tous les cas, il n’y aura donc pas non plus de protection contre le fait qu'un tiers reproduise ce logo ou ce contenu.

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2. Le risque de porter atteinte au travail d'un autre artiste

Le second risque, c'est non pas que le contenu ne soit pas protĂ©geable, mais que le contenu produit porte atteinte Ă  d'autres artistes sans qu’on s'en rende compte.

Si l'IA gĂ©nĂšre un rĂ©sultat qui ressemble trop Ă  une Ɠuvre dĂ©jĂ  protĂ©gĂ©e, un contenu qui reproduit ce qui fait l'originalitĂ© d'une Ɠuvre existante, on parle de contrefaçon. 

“C’est exactement comme recopier un tableau sans autorisation de l'auteur pour le revendre, si le produit de l'IA ressemble beaucoup et trop pour le droit Ă  un contenu protĂ©gĂ©, c'est de la contrefaçon et l'utilisateur peut ĂȘtre poursuivi pour utilisation d'une Ɠuvre contrefaite. [...] 

Si c'est volontaire, c'est-Ă -dire qu'il y a consciemment une volontĂ© que l’IA reproduise d'une Ɠuvre existante, ça peut aller au pĂ©nal. Donc, ce n'est pas juste des rĂ©parations, etc. au tribunal civil. On peut poursuivre pĂ©nalement la personne qui a volontairement copiĂ© une Ɠuvre, mĂȘme en utilisant l'IA
. ”

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Il existe aussi une notion voisine, le parasitisme : reproduire non pas une Ɠuvre prĂ©cise, mais le style et l'esprit d'un artiste, dans le but de capter sa clientĂšle ou sa valeur Ă©conomique. MĂȘme sans copie exacte, cela peut ĂȘtre sanctionnĂ©.

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Enfin, il y a un enjeu contractuel souvent nĂ©gligĂ© : la transparence. Quand on produit une Ɠuvre par IA, il faut le dire Ă  son client. Vendre une Ɠuvre comme si elle Ă©tait rĂ©alisĂ©e Ă  la main alors qu'elle est produite par IA peut ĂȘtre une cause de nullitĂ© du contrat (annulation et remboursement Ă  la clĂ©). 

Il est donc essentiel de savoir précisément ce qui, dans une création, relÚve de l'IA et ce qui relÚve du travail humain.

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Une Ɠuvre gĂ©nĂ©rĂ©e par IA est-elle protĂ©gĂ©e par le droit d'auteur ?

Il faut distinguer deux cas de figure :

  • le contenu gĂ©nĂ©rĂ© uniquement par l'IA : jamais protĂ©gĂ©, faute d'intervention humaine dans le processus crĂ©atif.
  • le contenu hybride (co-crĂ©ation humain + IA) : lĂ , tout dĂ©pend d'un critĂšre essentiel, l'originalitĂ©. “Et ça, c'est une question qui est trĂšs compliquĂ©e au niveau juridique, comment on prouve que le critĂšre d'originalitĂ© est validĂ©, comment on prouve que le contenu est original ?”
IA et droit d'auteur : comment savoir si un contenu généré par IA est protégé

En tout cas, ce n’est pas parce qu'une IA est utilisĂ©e que le contenu ne peut pas ĂȘtre protĂ©gĂ©. Mais ce n'est pas non plus parce qu'un humain est intervenu que la protection est automatique : 

“Au niveau international, tous les systùmes juridiques sont d'accord avec ça. Tous les grands ordres juridiques au Japon, en Chine, aux États-Unis, en Europe, tout le monde est d'accord, il faut un humain, mais ce n'est pas suffisant, il faut un certain seuil à passer et à valider. 

Donc voilĂ , la protection n'est pas automatique s'il y a un humain, mais elle n'est pas impossible s'il y a une IA.
”

Si tout le monde s'accorde sur ce principe, chaque systĂšme juridique fixe ensuite son propre seuil d'exigence.

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Les précédents : ce que disent les premiÚres décisions de justice

À ce jour, aucune dĂ©cision française ni europĂ©enne (Cour de justice de l'Union europĂ©enne) n'a tranchĂ© spĂ©cifiquement sur la question du contenu gĂ©nĂ©rĂ© par IA et du droit d'auteur. 

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En revanche, il y a deux éléments de la jurisprudence qui inspirent les chercheurs et les institutions : 

1- On a dĂ©jĂ  des dĂ©cisions sur la question de l'originalitĂ© pour d'autres types d'Ɠuvres (statues, tableaux, etc.) donc on peut essayer de faire des analogies et des parallĂšles avec l'IA. 

2- On a des dĂ©cisions dans d'autres pays, d'autres systĂšmes juridiques, sur cette question de l’IA et du droit d’auteur. Il y a notamment eu des dĂ©cisions au Japon, en Chine, aux États-Unis. Mais ce qui nous intĂ©resse le plus, ce sont les dĂ©cisions allemandes. 

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Il y a eu trois dĂ©cisions allemandes en 2026 (c’est trĂšs rĂ©cent) sur un logo créé par IA.

Et elles sont particuliĂšrement intĂ©ressantes parce que “comme le droit allemand applique aussi le droit europĂ©en sur ces questions-lĂ , on partage des notions, des grosses similitudes. [...] C'est les seules pour l'instant Ă  avoir des solutions sur le sujet. Et notamment elles Ă©clairent bien la maniĂšre dont on va Ă©valuer l'originalitĂ© d'une Ɠuvre créée entre humains et IA”.

Rechercher la preuve de l’originalitĂ©

La preuve de l’originalitĂ© peut se trouver Ă  diffĂ©rentes Ă©tapes du processus de crĂ©ation :

  • avant la gĂ©nĂ©ration de l'image, du logo, de la crĂ©ation : l’originalitĂ© peut se trouver dans le prompt, dans le travail prĂ©alable de l'artiste qui fait des recherches,
  • pendant la discussion avec l’IA : dans les choix faits, le fait d’affiner le prompt en discutant avec l’IA,
  • mais Ă©videmment aussi aprĂšs : si l’artiste repasse sur le contenu gĂ©nĂ©rĂ© par l’IA, le redessine, le retouche manuellement 


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Mais pour montrer l’originalitĂ© il ne suffit pas d’ĂȘtre crĂ©atif : il faut que les choix crĂ©atifs faits se retrouvent concrĂštement dans l'Ɠuvre :

“S'il n'y a pas de lien entre les choix faits et l'Ɠuvre Ă  la fin, ça ne marchera pas. Le juge regarde principalement s'il voit les choix dans l'Ɠuvre finale. Donc il regarde plutĂŽt l'Ɠuvre finale que le processus qui peut ĂȘtre incroyable mais s'il n'y a pas d'empreinte sur l'Ɠuvre, ça ne sert Ă  rien”. 

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Le temps passĂ©, l’effort ou l'argent investi n'a aucune importance pour la question d'originalitĂ©. Seuls comptent les choix crĂ©atifs et libres rĂ©ellement identifiables dans l'Ɠuvre finale. Ronan Pons cite l'exemple d'une dĂ©cision allemande oĂč un prompt extrĂȘmement long (1700 caractĂšres environ) a Ă©tĂ© jugĂ© non crĂ©atif, car trop gĂ©nĂ©rique, peu importe le temps passĂ© Ă  le rĂ©diger.

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Les points à retenir des décisions juridiques en Allemagne (2026) : 

  • “L'IA doit ĂȘtre utilisĂ©e comme un auxiliaire de crĂ©ation et pas un instrument autonome” : il faut que l'artiste ait utilisĂ© l’IA comme un outil, et non pas dĂ©lĂ©guĂ© l'intĂ©gralitĂ© du processus de crĂ©ation avant de repasser rapidement sur le rĂ©sultat.

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  • Choisir la meilleure version parmi plusieurs propositions n'est pas, en soi, un acte crĂ©atif : “pour la juridiction allemande, juste choisir un contenu parmi cinquante produits par l'IA, ce n’est pas forcĂ©ment crĂ©atif. [...]  Il ne suffit pas d'avoir sĂ©lectionnĂ© la meilleure version pour montrer qu'on a fait un acte crĂ©atif dans le processus.”
    Un choix peut ĂȘtre crĂ©atif, mais ce n'est pas automatique, encore faut-il pouvoir montrer ce qui, dans ce choix, relĂšve d'une dĂ©cision artistique.

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Quels recours juridiques pour les créateurs dont le travail est repris sans autorisation ou attribution ?

Le droit d’auteur classique

Deux outils juridiques existent, tous deux issus du droit d'auteur classique :

  • La contrefaçon, si le contenu gĂ©nĂ©rĂ© reproduit ce qui fait l'originalitĂ© d'une Ɠuvre protĂ©gĂ©e.
  • Le parasitisme, si le contenu s'approprie le style ou l'univers d'un artiste dans le but de capter sa valeur Ă©conomique.

Dans la pratique, il faut ĂȘtre lucide, ces recours restent difficiles Ă  mobiliser : procĂ©dure longue et coĂ»teuse, difficultĂ© Ă  se rendre compte des copies ou des atteintes au droit d’auteur, difficultĂ© Ă  identifier l'auteur du contenu litigieux, et opacitĂ© des systĂšmes d'IA qui complique l'apport de preuves (aussi bien pour l'artiste qui se dĂ©fend que pour celui qui est accusĂ© et qui pensait utiliser en toute bonne foi son outil IA). 

Un accĂšs Ă  l'historique des Ă©changes avec l'IA (les prompts) peut ĂȘtre demandĂ© au juge, mais cela reste long et contraignant Ă  obtenir surtout si l'historique a Ă©tĂ© supprimĂ© ou doit ĂȘtre rĂ©clamĂ© directement Ă  l'Ă©diteur de l'outil.

Les pistes et Ă©volutions juridiques autour de l’IA et de la propriĂ©tĂ© intellectuelle

Au-delà de ces recours, des pistes se dessinent pour protéger les artistes et faciliter la recherche de preuves :

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❎Le marquage d’interdiction 

Actuellement, par dĂ©faut, la loi europĂ©enne autorise les entreprises Ă  analyser et aspirer les donnĂ©es publiques du web pour entraĂźner des algorithmes. Des Ɠuvres protĂ©gĂ©es peuvent donc ĂȘtre utilisĂ©es pour l'entraĂźnement de systĂšmes IA. C'est l'autorisation tacite.

Mais les artistes ont la possibilité de s'opposer proactivement. Pour protéger un site internet, des images ou des textes contre le moissonnage (scraping) des IA, il faut combiner un marquage juridique et des protocoles techniques.

Pour le marquage juridique, on peut intĂ©grer une clause “anti-entraĂźnement IA” dans ses mentions lĂ©gales ou ses CGU.

Pour le marquage technique, on peut, par exemple, indiquer son opposition dans le fichier robots.txt. Mais le choix du standard technique fait encore débat : la Commission européenne a mené des consultations pour valider un protocole unique et universel de réservation des droits. Le fichier robots.txt est la solution par défaut actuelle, mais des protocoles plus robustes basés sur les métadonnées sont encore en cours de discussion.

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Cette piste comporte aussi des limites : 

  • Le respect volontaire : le fichier robots.txt est une directive technique, pas une barriĂšre physique. Un robot d'IA malveillant ou non dĂ©clarĂ© peut dĂ©cider d'ignorer le fichier. 
  • L'effet rĂ©troactif inexistant : l’opposition (opt-out) empĂȘche les futures aspirations de donnĂ©es mais si les contenus ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© intĂ©grĂ©s dans un modĂšle d'IA avant la mise en place du marquage, il est techniquement trĂšs difficile de les faire "dĂ©sapprendre" Ă  l’IA. 
  • La traçabilitĂ© : prouver qu'une IA s'est entraĂźnĂ©e spĂ©cifiquement sur vos textes ou vos images reste un dĂ©fi technique complexe pour les ayants droit.

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📖 RĂ©soudre la question de la traçabilitĂ© et faciliter l’accĂšs Ă  la preuve

Les syndicats d'artistes et d'Ă©diteurs (comme le SNEP) rappellent qu'il est presque impossible de prouver qu'une IA gĂ©nĂ©rative a utilisĂ© une Ɠuvre prĂ©cise pour s'entraĂźner, car le fonctionnement interne des algorithmes reste opaque.

L’une des pistes sĂ©rieuses soulevĂ©e actuellement, bien qu’encore hypothĂ©tique et non validĂ©e, est la prĂ©somption d'exploitation. 
Le principe ? On inverse la charge de la preuve : lorsqu’un indice sĂ©rieux rend vraisemblable l’exploitation d’un contenu protĂ©gĂ© par un systĂšme d’IA, ce contenu serait prĂ©sumĂ© avoir Ă©tĂ© exploitĂ©.

Ce serait alors au fournisseur d'IA de prouver qu'il n'a pas utilisĂ© l'Ɠuvre. Un renversement qui redonnerait un poids rĂ©el aux actions fondĂ©es sur le droit d'auteur mais qui reste, pour l'instant, une piste de rĂ©flexion et non une rĂšgle en vigueur.

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“Ce serait une possibilitĂ© qui pourrait ĂȘtre intĂ©ressante, qui sera sĂ»rement creusĂ©e au niveau français, ça veut pas dire qu'elle soit adoptĂ©e mais ça peut ĂȘtre dans tous les cas intĂ©ressant de faire ça. MĂȘme si c'est trĂšs dangereux Ă©videmment pour les exploitants d'IA qui seraient responsables”.

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On s’en doute, cette piste suscite de vifs dĂ©bats entre le secteur culturel (favorable) et l'Ă©cosystĂšme tech (non favorable). 

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đŸ€– Le marquage des contenus gĂ©nĂ©rĂ©s par IA : vers plus de transparence 

Depuis le 2 aoĂ»t 2026, de nouvelles rĂšgles sont entrĂ©es en vigueur dans le cadre de la loi europĂ©enne sur l’intelligence artificielle. Elles obligent notamment les fournisseurs Ă  intĂ©grer un marquage spĂ©cial sur les contenus gĂ©nĂ©rĂ©s par IA. 

Anthropic a ainsi déclaré : "Nous sommes en train d'ajouter un marquage aux résultats générés par Claude afin de nous conformer à la loi européenne sur l'IA, et d'autres laboratoires prennent des mesures similaires. Il est difficile d'identifier un texte généré par l'IA, et cela offrira aux utilisateurs de meilleurs outils pour y parvenir." 

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D’autre part, “il y a des plateformes qui ont une obligation de vĂ©rifier que les contenus qui sont sur leur plateforme ne portent pas atteinte aux droits d'auteur. Donc, ça pourrait aussi passer par des intermĂ©diaires pour faciliter le travail d’identification du contenu IA”. Des dispositifs rĂ©cents, comme le bouton de signalement mis en place par LinkedIn, permettent de signaler un contenu suspectĂ© d'ĂȘtre uniquement gĂ©nĂ©rĂ© par IA. 

Cela ne rĂ©parera pas le prĂ©judice subi par l’artiste, cela ne remplacera pas un dĂ©dommagement, mais cela peut accĂ©lĂ©rer la suppression d’un contenu et aider Ă  limiter les dommages en intervenant plus vite qu'un tribunal.

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Bonnes pratiques et recommandations pour les entreprises qui utilisent l’IA

Ronan Pons m’a listĂ© quatre recommandations concrĂštes, qu'on soit une entreprise, une agence ou un(e) indĂ©pendant(e) :

  1. Mettre en place une politique gĂ©nĂ©rale claire sur l'utilisation de l'IA au sein de l’entreprise. Le principal danger constatĂ© sur le terrain, c’est lorsqu’un salariĂ© utilise l'IA de sa propre initiative, sans que l'entreprise le sache.
    “Il y a une inconscience des risques et c'est trop tard quand le problùme tombe.”

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  1. Cartographier le mode de production du contenu en listant explicitement et trĂšs prĂ©cisĂ©ment comment est produit le contenu : rĂ©alisĂ© par l'humain seul, rĂ©alisĂ© par l'IA uniquement, rĂ©alisĂ© par l'IA et l’humain.
    “Il faut ĂȘtre conscient de ça, pour savoir oĂč se situe le risque juridique”.

    Sur un site, il y a le texte, les images, la structure, le logo : chaque Ă©lĂ©ment peut avoir un mode de crĂ©ation diffĂ©rent (humain seul, IA seule, ou hybride), et donc un rĂ©gime de protection diffĂ©rent. Cette information doit ĂȘtre indiquĂ©e au client dans le contrat, pour prĂ©ciser clairement ce qui est cĂ©dĂ© et ce qui ne l'est pas.

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  1. Conserver toutes les traces du processus créatif. Prompts, échanges avec l'IA, versions intermédiaires, drafts non retenus : c'est ce qui permettra, en cas de contestation, de démontrer une démarche créative réelle et donc de faire valoir une protection par le droit d'auteur.

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  1. Ne pas sacrifier le temps de crĂ©ation sous prĂ©texte que l'IA accĂ©lĂšre la production. On associe gĂ©nĂ©ralement l’IA Ă  l’augmentation de la productivitĂ©.
    “La difficultĂ© avec ça, le gros problĂšme c'est que moins on laisse de temps Ă  l'artiste, au crĂ©ateur de produire le site, et moins il a de chance, moins il a de temps de produire des choix crĂ©atifs”.

    Plus la cadence augmente, moins l'artiste fait de vĂ©ritables choix crĂ©atifs et plus le risque de perdre toute protection sur ses crĂ©ations grandit. C’est un point plus insidieux, mais essentiel Ă  garder en tĂȘte, y compris pour des agences ou indĂ©pendants qui seraient tentĂ©s d'enchaĂźner les crĂ©ations Ă  la chaĂźne.

Vrai ou faux : les idées reçues sur la création par IA

"Si j'Ă©cris le prompt, je suis automatiquement l'auteur de l'Ɠuvre."
❌Faux. D'abord, l'Ɠuvre n'est pas forcĂ©ment protĂ©gĂ©e. Ensuite, si quelqu'un d'autre intervient aprĂšs la gĂ©nĂ©ration (retouches, modifications), cette personne peut elle aussi revendiquer la qualitĂ© de coauteur.

"Plus je passe de temps à travailler avec l'IA, plus j'ai de droits sur le résultat."
❌Faux. Le droit europĂ©en ne reconnaĂźt ni le temps passĂ© ni l'investissement financier : seuls comptent les choix crĂ©atifs et libres.
La quantitĂ© de travail et les investissements fournis au moment de la gĂ©nĂ©ration de l'image n'ont pas d'impact s'ils ne sont pas crĂ©atifs. Donc il faut quand mĂȘme ĂȘtre artiste/graphiste : quelqu'un qui voudrait crĂ©er un logo avec l’IA, alors qu'il n’a pas les compĂ©tences et n'a pas fait de vrais choix crĂ©atifs, aurait beaucoup de mal Ă  obtenir une protection sur ce logo.

"Une Ɠuvre gĂ©nĂ©rĂ©e par IA appartient forcĂ©ment Ă  quelqu'un."
❌Faux. Elle peut n'appartenir à personne, en droit d'auteur.
Mais l'inverse est tout aussi vrai : une image gĂ©nĂ©rĂ©e par IA n'est pas forcĂ©ment libre de droits. Si elle ressemble Ă  une Ɠuvre dĂ©jĂ  protĂ©gĂ©e, cette protection continue de s'appliquer. Une image gĂ©nĂ©rĂ©e par IA n'est pas utilisable telle quelle sans se poser de questions.

"Si je paie quelqu'un pour créer un contenu IA, j'en suis forcément propriétaire."
✅❌Cela dĂ©pend s’il s’agit d’un contenu créé uniquement avec l’IA ou d’un contenu hybride (qui a fait intervenir l’humain et l’IA).
Si le contenu livrĂ© n'est pas protĂ©gĂ© par le droit d'auteur, le prestataire ne peut vous cĂ©der aucun droit dessus, mĂȘme si vous l'avez payĂ©.
D'autres garanties peuvent exister dans le contrat, d'oĂč l'importance de bien le lire avant d'acheter un contenu gĂ©nĂ©rĂ© par IA.

Si c'est fait par un humain, c'est sĂ»r qu'il y a automatiquement plus de garanties par rapport au droit d’auteur. 

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En conclusion

Un immense merci à Ronan Pons pour le temps consacré à cet échange et la précision de ses explications ! 

Cette interview Ă©tait trĂšs enrichissante et m’a permis de creuser les questions de droit d’auteur en rapport avec l’IA. 

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Voici ce que je retiens et que j'essaie d'appliquer dans mon propre travail : 

  • Être transparente sur le processus crĂ©atif :
    Personnellement je limite fortement l’utilisation de l’IA dans mes crĂ©ations pour mes clients notamment pour des valeurs Ă©thiques et environnementales mais si je venais Ă  utiliser l’IA, je serais totalement transparente sur ce qui relĂšve de l'IA et ce qui relĂšve de mon travail. 
  • Documenter mon processus crĂ©atif :
    Pas seulement pour me protĂ©ger juridiquement, mais parce que c'est aussi ce qui garantit un rĂ©sultat vraiment pensĂ© et adaptĂ© Ă  chaque projet, plutĂŽt qu'une production Ă  la chaĂźne. Mes clients sont d’ailleurs impliquĂ©s Ă  chaque Ă©tape du processus !

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Sources

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Portrait Margaux Teste, UX/UI Designeuse Ă  Angers

Margaux Teste

đŸ–±ïž Designeuse digitale

J'aide les entrepreneures et petites entreprises à gagner en confiance dans leur communication, en créant l'identité visuelle et le site web qu'ils méritent !
(Psst, en plus il sera Ă©co-conçu 😎)

Mon objectif :  prendre en charge et simplifier ta communication pour te laisser du temps pour ce qui compte vraiment (ton métier) !

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